MAR19SEP2017
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  • AFRICAINE QUEEN

    • Africaine Queen, 8
      Il n'y aura pas de carnets de Moussa. C'était la dernière occasion, elle est passée. Moussa devait venir me les porter accompagné de son grand frère. Non content de sécher le rendez-vous, le grand frère a finalement confisqué le cahier. Moussa furieux a fait appel à la seule personne qui pouvait encore intervenir, instance suprême dont l'évocation m'a un instant fait reprendre espoir : son père, qui, de Côte d'Ivoire, a tenté d'appeler le fils récalcitrant pour lui passer un savon et débloquer la situation. Hélas il n'a pas réussi à le joindre, et s'il m'est jamais donné de lire le (...)
       
    • Africaine Queen, 7
      « Et comment je vous reconnaîtrai ? — J'ai trente ans, les cheveux bruns... — Et moi j'en ai soixante... les cheveux blancs. » La porte du bistrot poussée, j'aperçois mon homme, assis à une table déjà : Pierre Prades, initiateur de la commission « monoactivité » du conseil de quartier Château d'eau-Lancry. Le calme amusé de sa voix au téléphone m'avait plu, je le découvre tel que je l'imaginais, réfléchi, posé. Comme je l'interroge sur la réalité des plaintes de riverains, il est formel : elle existent. Dans quelle proportion ? Toute la difficulté est de le savoir. Au conseil de (...)
       
    • Africaine Queen, 6
      « Ça ira mieux après les élections. » C'était le sentiment général il y a un mois au métro Château d'eau, après le durcissement du climat et la multiplication des arrestations de rabatteurs. Chacun attendait que l'orage passe, pensant que le bon score de la gauche aux régionales rassurerait la mairie et aiderait les choses à rentrer dans l'ordre. Deux semaines après le second tour, la tension reste palpable. Le quartier vit une période curieuse : désertion de la sortie de métro, repli prudent des rabatteurs sur les trottoirs d'en face d'où ils font leur possible pour continuer vaille que vaille (...)
       
    • Africaine Queen, 5
      Il y a deux semaines, j'évoquais la dénonciation dont venait d'être victime, de la part de concurrents jaloux, un ami gérant de salon. Ces guerres internes, ces rivalités entre salons et parfois entre clans, Château d'eau les a toujours connues. Moussa, gérant lui aussi, est arrivé il y a douze ans. Il a vu le quartier évoluer, certains clans étendre leur influence, d'autres reculer, disparaître. « À l'origine, Château d'eau, c'était des Congolais. Ce sont eux qui sont venus et qui ont tout créé, à partir de rien. » Mais ils étaient peu nombreux et des Nigérians les ont progressivement (...)
       
    • Africaine Queen, 4
      La femme africaine est belle. C'est le titre d'un post dans lequel la blogueuse Cordélia appelle ses lectrices à assumer sans complexes leur africanité. Non au défrisage et aux crèmes éclaircissantes qui dénaturent la femme africaine ! J'apprends de cette façon l'existence d'un débat : pour ou contre le défrisage. L'éloge de l'authenticité façon Cordélia suscite des commentaires enthousiastes, mais aussi des réactions agacées. Se faire défriser les cheveux, est-ce renier son africanité ? Nombre de lectrices invoquent la commodité du défrisage, plus simple à l'entretien que les tresses, (...)
       
  • BARS DE FRANCE

    • Marixan Ostatua, Zugarramurdi, Navarre (Espagne)
      Cinquième épisode d’une série sur les bars, qui emmènera l’auteur sur les routes de France : le récit, qui s’appuie sur une journée complète passée sur place, obéit à dix contraintes cachées, répétées d’épisode en épisode.
      Episode 6 : Marixan Ostatua, Zugarramurdi, Navarre (Espagne) En arrivant devant le bar, j'ai bien cru que c'était fermé. Personne sur la terrasse, et personne à l'intérieur. La place (...)
       
    • Le Bar à Vins
      Cinquième épisode d’une série sur les bars, qui emmènera l’auteur sur les routes de France : le récit, qui s’appuie sur une journée complète passée sur place, obéit à dix contraintes cachées, répétées d’épisode en épisode, et qui seront dévoilées à la fin. Episode 5.
      Rue Richebourg, Gevrey-Chambertin (Côte d'Or) « J'aime bien les cartes. Es como el aparato circulatorio. » On avait étalé par terre une grande carte routière de la France, une carte Michelin rouge de 2005. Les cartes Michelin sont beaucoup plus belles que celles de (...)
       
    • Le Brésil
      Quatrième épisode d’une série sur les bars, qui emmènera l’auteur sur les routes de France : le récit, qui s’appuie sur une journée complète passée sur place, obéit à dix contraintes cachées, répétées d’épisode en épisode, et qui seront dévoilées à la fin. Episode 4.
      12, avenue de Penhoët, Saint-Nazaire, Loire-Atlantique En arrivant à Saint-Nazaire, je ne me suis pas installé tout de suite au Brésil. J'ai d'abord fait le tour du port en voiture. J'ai vu la base des sous-marins construite en 1941 par les Allemands ; (...)
       
    • Paul
      Troisième épisode d’une série sur les bars, qui emmènera l’auteur sur les routes de France : le récit, qui s’appuie sur une journée complète passée sur place, obéit à dix contraintes cachées, répétées d’épisode en épisode, et qui seront dévoilées à la fin. Episode 3.
      PAUL Aéroport Charles-de-Gaulle, Terminal 2F, Roissy-en-France, Val-d'Oise 1. Le projet de construction d'un grand aéroport au nord de Paris fut officialisé par l'arrêté interministériel du 16 juin 1964. La France connaissait une croissance (...)
       
    • Le Café du Midi
      Deuxième épisode d’une série sur les bars, qui emmènera l’auteur sur les routes de France : le récit, qui s’appuie sur une journée complète passé sur place, obéit à dix contraintes cachées, répétées d’épisode en épisode, et qui seront dévoilées à la fin. Episode 2. Le Café du Midi. 6-8 place Reggio, Bar-le-Duc, Meuse
      La lune me montrait le chemin de Bar-le-Duc. Elle s’était levée quand j’étais parti, grosse, énorme, une énorme lune d’automne qu’on voyait déjà dans le ciel encore clair au-dessus de l’autoroute de l’Est, grosse au-dessus du flux (...)
       
  • DIAM’S SANS JEU DE MOTS

    • Diam’s sans jeu de mots, 6
      « Si la mort venait me dire il te reste que vingt minutes... Ben j'aurais souhaité la paix... Et j'aurais rappé dix minutes... » C'est fini. Je n'ai jamais parlé avec Diam's, mais à vrai dire je m'en doutais, Sébastien Catillon ne m'a pas rappelé (en revanche il répond au Monde, sympa), à un moment j'avais caressé l'idée de voir Joey Starr pour lui parler de Diam's qui l'a plusieurs fois cité comme modèle (« je rencontre mes légendes Joey Starr et Kool Shen »), et puis à quoi bon ? Le voyage, je l'ai fait. Pas seulement chez Catillon ou au concert d'Orléans, le (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 5
      20 mars, Orléans, l'Astrolabe. Les basses me font vibrer, la salle est petite, on est tous debout à dix mètres au plus de Diam's, il y a quelque chose d'un peu magique à être là, en arrivant j'ai dit que j'étais sur la liste, on m'a donné un autocollant « Auguri productions, AFTER SHOW ». After show veut-il dire que toutes les portes s'ouvriront ensuite ? On verra. Diam's est en pleine forme, ça bouge, c'est physique, c'est le moment de dire que je ne suis quasiment jamais allé dans ce genre de concerts et que je suis impressionné - mais aussi un peu déçu : sur scène, (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 4
      Stéphanie Binet a de l'humour puisqu'elle m'écrit « Dites donc, Raphaël Meltz, j'ai lu dans votre revue ce matin : Stéphanie Binet, de Libération, m'a promis une réponse pour le quatrième épisode. Je vous ai promis ça quand, moi ? On va boire un café, je n'ai pas dit que j'allais vous écrire après notre "rencontre". Vous n'êtes pas très rassurant comme interlocuteur, vous prenez les "tueries" de Diam's au pied de la lettre, vous interprétez les emails selon vos désirs. » Elle me convoque à 16h15 dans une brasserie près du canal saint-Martin. Pas de chance, elle (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 3
      Stéphanie Binet, de Libération, m'a promis une réponse pour le quatrième épisode. D'ici là, elle souhaite me voir : c'est le fameux et sacro-saint tropisme journalistique de la « rencontre », sans lequel il semble impossible d'écrire. Tropisme auquel je cède à mon tour en allant dans les bureaux du Big up project, l'association lancée par Diam's dont l'objet est de « contribuer à la protection et l'aide à l'enfance en difficulté notamment en Afrique » ainsi que de « promouvoir le dialogue, la solidarité et la diversité interculturels entre les jeunesses françaises et celle du monde (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 2
      « Qu'est-ce tu fais, là ? Sors de ton lit, vas-y, prends ton sylo, et craque. — Nan, j'ai plus envie, lâche-moi, j'fais plus rien. » (« Mélanie ») C'était bien la peine de créer un magnifique suspens autour de Stéphanie Binet : la journaliste de Libération, pour des raisons personnelles qui n'ont rien à voir avec le sujet, n'a pas pu me répondre. À suivre, à nouveau donc. D'autant qu'un lecteur avisé qui parle le langage des djeun's mais ne l'est plus vraiment (22 ans) me signale par sms : La phrase « si j'ai un mari qui tue ben j'm'en fous de la parité » doit (...)
       
  • IMPRIMER LE MONDE

    • Imprimer le Monde, 5
      L'avantage d'être un grand reporter c'est de voir le monde. L'avantage d'être un petit reporter c'est de rester dans un petit périmètre qui vous permet, l'enquête finie, de voir ou revoir des films donc E la nave va. A l'évidence, Fellini a un génie particulier pour imprimer le monde et les soutiers qui demandent aux baryton, ténor et sopranos de leur chanter les grands airs d'opéra italien qu'ils connaissent par coeur ont des conditions de travail autrement pénibles que les ouvriers du livre. D'emblée ce qui me frappe à l'intérieur du bâtiment, dès les (...)
       
    • Imprimer le Monde, 6
      Mon point de départ, déjà lointain, était un conflit social et la gare de l'Est. Le conflit avait pris la forme d'une grève, début janvier, puis d'un ballet de propositions autour d'un repreneur éventuel de l'imprimerie du Monde. S'il est sorti du salon de coiffure voisin, il est logique que le lecteur se demande où on en est et que l'auteur essaie d'apporter une réponse. À ce jour, rien n'est acquis (si je puis dire). Rien n'est perdu (non plus). Mais c'est moins l'imprimerie que le groupe lui-même qui pose problème. On dispute de l'hypothèse et de la nature (...)
       
    • Imprimer le Monde, 4
      Décidément on n'est jamais assez précis ni attentif. On ne coiffe pas le chapeau d'Albert Londres sans risque même si le risque est minime et si mon petit reportage n'embrasse pas les bagnards ni les coureurs cyclistes. À titre de consolation, on peut y discerner le signe sinon la preuve que le Tigre est lu, au moins par Marc l'ouvrier de la presse et par Baba Cool l'artiste à la tondeuse magique. Autant voir les choses du bon côté ; si le monde syndical est aussi complexe que le monde des mèches et des cosmétiques, la mise au point aimable de Marc veut éviter toute ambiguité : je (ne) suis (que) (...)
       
    • Imprimer le Monde, 3
      bonjour, v'là la suite. à part ça, j'ai un gros problème : je n'ai pas trouvé le chocolatier de mon confrère d'africaine queen. aurions nous le droit d'introduire de la fiction dans les articles ou de les bidonner ? bernard. Ivry est une ville industrieuse avec sa fabrique de plumes métalliques devenue manufacture des oeillets devenue ateliers d'artistes, avec son souvenir sucré de Pierrot Gourmand, avec les deux mille six cents entreprises dont elle se flatte, avec ses tas de gravats déversés au hasard vers les quais, normal, c'est là que passe le fleuve. Au bord de (...)
       
    • Imprimer le Monde, 2
      On n'est jamais assez précis. La rencontre du vendredi 12 février, rue de Varennes, a réuni une délégation syndicat et patronat du Monde et les représentants des pouvoirs publics. Une première entrevue entre les délégués syndicaux et l'ensemble des patrons éditeurs, le mardi 9, avait laissé augurer une solution positive. Elle confirmait officiellement la volonté de maintenir le site industriel d'Ivry et l'intention d'obtenir des fonds publics. Malgré les promesses, la réunion du vendredi n'a pas vraiment abouti. L'édition du Monde du même jour publie la photographie d'un (...)
       
  • L’HOMME QUI SAIT TOUT SUR TOUT

    • L’homme qui sait tout sur tout, épisode 2
      Nous partîmes plusieurs milliers dans les quatre villes de sélection ; mais après la première épreuve des dix questions fatidiques, nous ne nous vîmes plus que deux cents en arrivant au port, dans les studios de TF1. Car demain, les choses sérieuses vont commencer : c'est la demi-finale. Rendez-vous à huit heures dans les grands studios de La Plaine-Saint-Denis, le Cinecittà du buzzer, pour la première partie des qualifications. Après vérification des identités et des (...)
       
    • L’homme qui sait tout sur tout, épisode 1
      Printemps 2010. TF1 confirme que l'émission de jeu « Le Plus Grand Quiz de France » va connaître une deuxième saison. Dans quatre grandes villes de France se tiendront à la rentrée les sélections pour dénicher parmi les milliers de candidats attendus « le Français qui sait tout sur tout ». Sur le forum des jeux de France 2, les réactions des internautes n'ont plus rien à voir avec ce qu‘elles avaient été un an auparavant, lors du lancement de la première édition À (...)
       
  • LA BARBE

    • La Barbe, 5
      « C'est ta première action ? - Avec la Barbe, oui. Mais d'habitude je me baigne seins nus à la piscine. » Je viens d'engager la conversation avec Noëlle, sympathique jeune femme venue ce soir-là prêter main forte aux Barbues. Passé le premier réflexe goguenard (« Tu tombes le haut de maillot et tu gardes le bonnet ? »), je demande des précisions. J'apprends qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé d'exhibitionnisme mais du mode de militance d'un collectif féministe. Les Tumultueuses débarquent torses nus dans les piscines publiques de Paris, parfois flanquées de complices masculins (...)
       
    • La Barbe, 4
      « On nous attaque ! » La voix familière de François Chaslin, d'ordinaire égale jusqu'au monocorde sur France Culture, est à l'instant changée, légèrement éraillée. Neuf jeunes femmes aux visages dissimulés sous de fausses barbes avancent droit sur lui, interrompant la conférence qu'il est en train d'animer à la Cité Universitaire Internationale. Prenant à témoin les cinq éminents architectes invités à s'entretenir de « la conservation du patrimoine », l'une des assaillantes déclame : « Messieurs, en 2009 vous avez affiché un revenu individuel moyen près de deux fois supérieur à celui de (...)
       
    • La barbe, 3
      Paris, jeudi 18 mars 2010. Après maintes rencontres ajournées, je suis enfin conviée à la réunion bimensuelle de la Barbe, qui se tient ce soir à la Maison des Associations du 10ème arrondissement. Sur le quai du métro Pigalle, une affiche publicitaire pour les poêles à bois « Invicta ». Sur trois mètres sur deux, un quinquagénaire à dreadlocks et lunettes noires pose dans une attitude savamment décontractée. Il est entouré de deux jeunes femmes, une brune, une blonde, qui lèvent sur lui des yeux conquis et admiratifs. « Mes poêles les séduisent », clame le slogan. Dans le wagon, je trouve un récent numéro des (...)
       
    • Les barbes, 2
      Merci d'être velue ! (La Barbe épisode 2 : Conseil Général des Yvelines, suite) 9h20 : Dans un SAS, nous échangeons nos papiers d'identités contre des badges « visiteurs ». Un homme du service d'ordre, corps trapu et yeux d'épervier, camoufle sa méfiance sous un air jovial : « Bonjour mesdames ! Vous êtes là pour quoi ? C'est l'association Buc contre les nuisances sonores ? ». Nous, évasives : « But ??? Connaît pas. Non, nous on est là comme ça ». Nous traversons une cour pavée sous le regard de bronze d'un Général De Gaulle grandeur nature. Par un majestueux escalier, nous (...)
       
    • Les barbes, 1
      Merci d'être velue ! (La Barbe épisode 1 : Conseil Général des Yvelines) La barbe : du latin barba, « barbe de l'homme ». Depuis 2008 : groupe d'activistes féministes qui, affublées de fausses barbes, jouent les trouble-fête partout où la parité n'est encore que postiche. Après un échange de mails touffu avec le collectif, rendez-vous est pris. A ma demande d'assister à une réunion pour les besoins du présent feuilleton, elles m'ont répondu : action ! C'est à un débat d'orientation budgétaire au Conseil Général des Yvelines1 vendredi 19 février, 9h30, qu'est fixé mon baptême (...)
       
  • LE FANTÔME DE L’UNIVERSITÉ

    • Le Fantôme de l’Université, épisode 1
      Mercredi 27 octobre 2010. L'étudiante est assise sur les marches en bas de l'escalier. L'escalier mène au hall qui mène à la reprographie. Le hall permet aussi d'aller à la cafétéria et aux salles de cours du rez-de-chaussée. Les étudiantes et les étudiants, ainsi que plein d'autres personnes se rendent grâce à ce hall à l'extérieur, soit dans la cour avec de l'herbe, soit vers l'ancienne sortie ou entrée, fermée maintenant, où la baraque à frites (...)
       
  • LE SON ET L’IMAGE

    • Le son et l’image, 4 & 5
      Épisode 4. Alors que les applaudissements se poursuivent, je me faufile jusqu'à la sortie de la salle pour passer dans l'arrière-scène. J'ai retourné quarante fois dans ma tête les façons de passer les trois cerbères à une tête que j'imagine gardant la porte des artistes. Je bafouille un inaudible « j'ai rendez-vous avec François-René Duchâble », prête à décliner mon identité, sortir mes papiers, que sais-je encore ! mais ma phrase passe comme une lettre recommandée à la poste centrale. Je débouche sur une grosse pièce. Au milieu, une table avec des cafés, deux filles, sans doute du staff, (...)
       
    • Le son et l’image, 3
      MARDI 8 JUIN 2010 A 20:30. NORMAL 35 EUROS. PLACEMENT LIBRE. La porte vitrée du bâtiment moderne de la Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg dit CONCERT COMPLET. J'entre ; je vois une longue file d'attente derrière un mystérieux panonceau : MANIFESTATION Enerest GAZ DE STRASBOURG. Je vais naïvement demander à l'accueil si le concert de Chopin correspond bien à la Manifestation Gaz de France : oui madame. Retournée dans la queue, avec l'air détaché de qui griffone ses rendez-vous de la semaine, j'ai bientôt l'impression d'avoir été placée par une main divine à côté de deux (...)
       
    • Le son et l’image, 2
      « C'est à mi-octobre 1998 que s'est produit le déclic : je donne une série de concerts au Théâtre des Champs-Elysées à Paris et durant la répétition, je m'emmerde, je me demande ce que je fais là, et je décide de me donner cinq ans pour quitter ce grand cirque, décision à laquelle je me suis tenu. » Pour clore le « grand cirque », un dernier numéro. J'écrivais, à propos des carcasses de piano jetées au fond du lac du Mercantour et du lac Léman du haut d'un hélicoptère : « les archéologues du futur croiront sans doute au naufrage d'un paquebot ». Hélas ! On ne lance pas impunément un Steinway au (...)
       
    • Le son et l’image, 1
      Un piano à queue déposé en hélicoptère à 1650 mètres d'altitude ; un piano à queue jeté dans un lac depuis un hélicoptère. Deux Steinway en sens inverse dans le ciel. Deux gestes tape-à-l'oeil, illustrant de manière trop descriptible, photogénique, télégénique, les états d'âme de qui ne s'adresse, pourrait-on présumer à la va vite, qu'à nos oreilles : un pianiste. Ce pianiste s'appelle François-René Duchâble. A propos de François-René Duchâble, je pourrais déverser en guise d'A.O.C. ces lignes convenues où se suivent les mots prodigue, prix, lauréat, concours, suivi de noms de villes et de (...)
       
  • LES P’TITS GARS D’AUBER

    • Les p’tits gars d’Auber, 3
      Tous les joueurs de foot disposent en théorie de deux pieds. Rares pourtant sont ceux dont on peut dire qu'ils ont un « pied gauche ». Pour certains, ce pied ne sert vraiment que lorsqu'il faut appuyer sur la pédale de l'embrayage. Il faut comprendre par là qu'un vrai bon gaucher est une denrée rare - et que toute bonne équipe doit en avoir un. À Auber, ce fameux « pied gauche » est l'apanage de Rachid Youcef. D'après le site du club : « son pied gauche chirurgical (sic) fait des ravages chez les gardiens adverses ». Samedi dernier, c'est encore lui qui a offert les deux passes décisives de (...)
       
    • Les p’tits gars d’Auber, 2
      « Vous allez finir par croire que j'ai l'emploi du temps du Président de la République... » Au bout du fil, Youssef Belkebla, directeur administratif du FCM Aubervilliers et seul salarié permanent du club. Depuis quelques semaines, des imprévus de dernière minute - une réunion à la ligue de football, une visite à un joueur hospitalisé - faisaient capoter tout projet de rencontre. Auber me donnait l'impression d'une forteresse imprenable. « Vous savez, on est des gens très pudiques, on ne se livre pas facilement. On ne peut pas à la fois faire des matches, des entrainements et répondre à toutes les (...)
       
    • Les p’tits gars d’Auber, 1
      Aubervilliers, proche banlieue parisienne. Entre le canal Saint-Denis, le cimetière de Pantin et l'A86. Ici s'étendait autrefois la plaine des Vertus - le plus vaste espace légumier de France. Navets pointus, choux de Milan hâtifs et oignons jaune paille faisaient la réputation d'Auber. L'endroit avait même gagné le surnom de « royaume du pot-au-feu ». Depuis, champs et potagers ont cédé la place à un tissu mal assemblé de tours, d'entrepôts et de vieux pavillons. Et au milieu de tout cela, un des derniers carrés de verdure : la pelouse du stade André Karman, terrain officiel du Football Club (...)
       
  • MADEMOISELLE

    • Mademoiselle épisode 5
      Ce cinquième épisode clôt le feuilleton d’Emilie Giaime sur le quotidien d’une vendeuse aux Galeries Lafayette, feuilleton qui est repris en livre, accompagné de photographies de Thibault Camus.
      « Bonjour Elena, vous allez bien ? » Une liasse d'affichettes « 3 Jours en Or » serrées contre son cœur, la chef de rayon passe à côté de moi sans un mot, pas même un regard. « Ohé ? Elena ! » Drapée dans son tailleur noir, elle me tourne le dos et s'éloigne d'un pas pressé. « Ayant pris la forme du magnanime Stentor à la voix d'airain, la divine Héra s'arrêta et lança un grand cri » (...)
       
    • Mademoiselle épisode 4
      En uniforme de pompier volontaire, Vincent est adossé contre l'un des piliers en bois de chêne qui délimitent le pourtour du stand, dans l'attitude de Robert Redford après qu'il ait bâti de ses mains, quelque part dans le désert hostile des Rocky Moutains, la merveilleuse cabane de Jeremiah Johnson. A intervalles réguliers, il se décroche de son poteau pour parcourir au ralenti les quelques pas qui le séparent du poteau d'après, sur lequel il se pose, me suivant de branche en branche comme je vais de barre en barre pour arranger les vêtements selon les photos du "merchandising" envoyées ce (...)
       
    • Mademoiselle épisode 3
      « Vous faîtes les pré soldes ? Vous mettez de côté ? Pourquoi chez Chanel ils mettent de côté et les petites marques vous mettez pas de côté ? » Une rousse quinquagénaire toute vêtue d'argent, talons aiguilles, caleçon moulant et manteau en renard, essaie un blouson en lamé or. « Ça me le fait à combien ? » Le temps de mettre la main sur ma calculatrice, je la vois fixer l'au-delà en mastiquant son chewing-gum avec l'énergie d'une moissonneuse-batteuse : « Zéro... zéro et je retiens trois... quatre fois cinq... vingt-trois mille deux cents par cent... cinq cent quatre-vingts moins deux cent (...)
       
    • Mademoiselle épisode 2
      2010, dernier lundi de l'année, 2°C à l'enseigne de la pharmacie rue de la Chaussée d'Antin, angle de la rue de Provence. Au premier étage des Galeries Lafayette, des silhouettes engoncées dans des épaisseurs de laine, duvet, peaux de bête, déambulent d'un pas un peu raide dans les allées surchauffées. Sur le stand, je déballe des t-shirts en lin couleurs cerise et abricot, des blouses en voile de coton rouge coquelicot, des robes de dentelle blanches comme des lys - la primeur du printemps-été : quelques pièces de la nouvelle collection. Des « pièces ». Au luxe, c'est ainsi qu'on appelle (...)
       
    • Mademoiselle, épisode 1
      « Mademoiseeêlle ! » Une robe de soie noire vient de s'élever au-dessus de la barre de vêtements et reste suspendue là-haut, comme un suaire ondoyant dans l'air climatisé. « S'il vous plaît... » insiste la voix avec impatience. À contrecœur, je contourne la structure arrondie du stand qui, avec ses armatures de fer et son socle en bois, a la forme d'un manège. « Dites-moi... C'est quoi comme couleur, ça, pour vous ? » demande la cliente en me mettant la robe sous le nez. Du visage anxieux, tenaillé par le doute, mon regard se porte sur le tissu, noir, incontestablement. C'est parfois (...)
       
  • SUBURBS. AUTOUR DU FORT D’AUBERVILLIERS.

    • Suburbs. Autour du fort d’Aubervilliers. Épisode 2
      Résumé de l'épisode précédent : Tourner autour. Lire. Choisir. Frédéric Joliot-Curie. L'invention de la bombe atomique. Fiction ? Maurice Pavy. Dans le Fort. Rachid Khimoune. Deuxième épisode. Pour qui s'intéresse à la question des sources d'information, il est d'usage d'opposer deux modèles d'enquête : l'enquête historique et l'enquête journalistique. La première fonctionne par recollation de sources, c'est-à-dire qu'elle en (...)
       
    • Suburbs. Autour du fort d’Aubervilliers. Épisode 1
      Pendant longtemps, cela s'est déroulé ainsi : je tourne autour du fort d'Aubervilliers. Je fais glisser ma petite silhouette rigide et orange perchée sur une flèche verte le long des rues qui encerclent le Fort ; cela s'appelle Google street view et dès que ça devient un peu intéressant, dès que j'entrevois des accès plausibles, dès que je sens que je vais pouvoir entrer, le trait bleu qui figure le trajet suivi par la Google Car (celle qui a pris toutes ces (...)
       
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