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Publié dans le
volume III (juin 2007)
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Nous sommes le 5 juin 2001, vers 15 heures : Le Monde vient de sortir à Paris. À la Une, les révélations d’un ancien militant trotskiste, Boris Fraenkel, concernant le passé trotskiste de Lionel Jospin, qui a adhéré à l’Organisation Communiste Internationaliste au début des années 1960 et jusqu’au début des années 1970. Lors de la séance des questions au gouvernement, le député RPR François Goulard interroge le Premier ministre sur ce passé.
Le lendemain, les « aveux » font le Une de presque tous les journaux. Lionel Jospin accepte, dans la précipitation, un interview à Europe 1. Pendant plus d’un mois, Le Monde tient la dragée haute à l’ensemble de la presse, en publiant de nouvelles déclarations d’anciens trotskistes, en rectifiant et complétant les déclarations de Jospin, et en précisant que la rupture définitive a lieu en 1987.
Pas si originales toutefois, ces révélations. En mars 1995, le Monde avait déjà interrogé Jospin sur son possible passé trotskiste. En juillet 1997, Boris Fraenkel avait publiquement déclaré qu’il l’avait initié au trotskisme. En juin 1999, deux militants trotskistes avaient précisé, dans Libération, qu’ils avaient milité avec Jospin dans les années 1960 à l’OCI. A chaque fois, Lionel Jospin avait nié, précisant qu’il y avait confusion avec un de ses frères. Au printemps 2001, Ariane Chemin du Monde mentionnait les recherches de deux journalistes, Claude Askolovitch et Serge Raffy, préparant des livres sur la jeunesse trotskiste de Jospin. Et le 5 juin au matin, le site internet du Nouvel Observateur avait publié un article, à paraître dans l’hebdomadaire, avec une « preuve » fournie par Boris Fraenkel : une carte postale signée Jospin. Les journalistes du Monde, qui boucle vers 11 heures, décident alors de faire de ce « scoop » le leur.
Le trotskisme et l’entrisme de Jospin passent au second plan de la campagne présidentielle, même si Claude Askolovitch, dans Le Nouvel Observateur, note en février 2002 que lorsque Jospin déclare lors d’un meeting qu’il adoptera « une tonalité qui permettra de conduire notre message vers les Français dans leur diversité » avant de déclarer que son projet « n’est pas socialiste », il pratique une nouvelle forme d’entrisme. En novembre 2002, sa première femme Elisabeth donne une interview au même journal, où elle raconte comment Jospin est devenu « «taupe» au parti socialiste ». En 2004, Boris Fraenkel publie un livre où il aborde à nouveau la question, précisant que lors de ses aveux, il ignorait « alors que Jospin cachait cette période de sa vie ». Et lorsque, en 2006, Lionel Jospin hésite à se présenter aux primaires socialistes, il n’est quasiment plus fait mention de cet épisode, qui a été éclipsé par le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002.