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La découverte de la girafe

La découverte de la girafe

La découverte de la girafe
Mis en ligne le samedi 27 septembre 2008 ; mis à jour le jeudi 27 novembre 2008.

Publié dans le numéro X (juillet-août 2008)

 

Le 30 juin 1827, il y a tout juste 181 ans, le petit monde parisien découvrait pour la première fois, au beau milieu du Jardin des Plantes de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, le cadeau exceptionnel du pacha d’Egypte fait à Charles X, un extravagant gibier capturé en Nubie, monstre étrange doté d’une crinière de cheval et de pieds de veau, à tête de chameau et au pelage de léopard, ce que les zoologistes nommaient un caméléopard, curiosité rare que l’on rebaptisa « girafe ». Certes, les antiques prédécesseurs des Ultras de la Restauration connaissaient eux aussi l’animal et l’on sait que l’insigne César, de retour de sa campagne d’Egypte, avait déjà ramené à Rome un cameleopardalis, cameleopardus. Mais cet événement connut un succès fort bref car, trop pressé de convertir son trésor en objet de spectacle, l’empereur ne résista pas à écourter la destinée de l’hybride créature : à peine cette dernière avait-elle eu le temps d’assommer quelques mauvais juifs dans le Circus Maximus, qu’elle servit de festin aux lions ; voici pourquoi, dans la précipitation des événements, on eut peu de temps pour peindre l’animal. (1) Il fallut attendre des siècles avant qu’une girafe ne posa son sabot pour la première fois sur le sol de France. L’heureuse élue, cadeau du bon Charles X, fut accompagnée de trois grosses laitières normandes, ses nourricières, jusqu’à ce que, la quarantaine de vigueur consommée, les autorités douanières de la ville de Marseille, instruites que le monstre ne communiquait pas le choléra, autorisent que l’on fit tout pour aménager un cortège qui courrait de la Cité phocéenne à Paris, où le roi, impatient, attendait. On soigna la créature, on lui commanda des bottes et une pèlerine géante en taffetas ciré, parée comme il se doit des armoiries royales. Le collier du monstre nanti d’une amulette recelant une sourate coranique ayant été perdu durant son séjour marseillais, un autre, plus beau encore, lui fut conçu à Lyon. Arrivé à Paris, il se dit que Charles X fit bon accueil à son présent, il le tâta, l’accompagna dans quelques-uns de ses déplacements, tenta par jeu d’accorder ses foulées à celles de la bête, puis, lassé, réclama que l’on fasse courir le monstre pour distraire sa curiosité, ce à quoi aussitôt l’on répondit à l’aide de chiens spéciaux, animés à l’absinthe. C’est depuis cet événement que les dames qui font le beau Paris arborent des toilettes « à la girafe », sortes de coiffes insolites, structures sophistiquées qui rappellent la forme des vieilles cornettes, peu pratiques en voiture, certes, mais si modernes.

(1) Ce que confirme les fresques de Pompéi dans lesquelles on a très longtemps pensé qu’elles ne représentaient que des hippopotames mal sentis.

 

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