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Le contrat de Magellan

Le contrat de Magellan

Le contrat de Magellan
Mis en ligne le jeudi 1er mai 2008 ; mis à jour le samedi 7 juin 2008.

Publié dans le numéro VIII (mars-avril 2008)

Le 22 mars 1518, il y a tout juste 490 ans, Fernão de Magalhães, l’éclatant circumnavigateur lusitanien, que l’on se refusait encore de nommer Magellan parce qu’il ne s’était toujours pas résolu à découvrir son propre détroit, savourait avec une délectation sans freins l’instant présent où Carlos 1er
- qui, lui, n’avait pas encore fait usage de son patronyme commercial de Charles Quint - paraphait le contrat qui allait le lier à la Couronne espagnole. Il pouvait apprécier son coup, notre Magellan ! Car recevoir l’aval du Roy pour mettre à la voile toute une équipée lancée vers des contrées inconnues n’était pas un pari gagné ! Avant cela, à Lisbonne, de Magalhães n’avait pourtant pas économisé son zèle ni les témoignages de son volontarisme. Il alla même combattre la piraterie marocaine au large des terribles côtes d’Afrique ! Mais ce fut là un élan de trop : il y laissa un genou, qui en plus de lui rendre à jamais la démarche roide et claudicante, devint très vite le premier acte de sa disgrâce. Lorsque plus tard il fut chargé de garder des moutons confisqués aux Maures et que le bétail disparut, aussitôt la médisance délatrice - qui aime à choisir les impotents, le phénomène est connu - l’accusa de prévarication ; de gestionnaire de moutons, il devint bouc émissaire, ce qui fut plus commode pour ensuite l’accuser de déserteur ! Il n’en fallut pas plus pour que notre malheureux se résigne, comme le fit avant lui ce sacré Colombus, à frapper à la porte espagnole. Malgré une disgrâce qu’il fallut savamment dissimuler, de Magalhães, en se mariant avec la fille d’un Chevalier de Saint Jacques qui avait les faveurs de Carlos, sut s’ouvrir les portes de Valladolid qui elles-mêmes débouchèrent sur le contrat de sa vie. Heureuse malice : dix années de droit exclusif dans des mers inconnues ; cinq caravelles et leur équipage ; avec ce droit spécial qui, s’il découvrait plus de six îles, ferait de lui l’hériter des deux plus belles et le possesseur d’un vingtième des richesses glanées dans les autres ! « A moi les Moluques ! » s’écria pour lui-même notre heureux boiteux. Fallait-il que trois ans plus tard, sur une plage inhospitalière, le découvreur tomba sous les flèches de farouches qui visèrent un genou valide. Et Magellan de se noyer par trente centimètres de fond, riche et grand propriétaire. Achille avait maudit son talon, l’Histoire peut aussi se faire sordide avec des genoux...

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