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Publié dans le
numéro 05 (10-23 avril 2010)
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Suite au courriel de trois internautes qui souhaitent plus d’explicitations comme disent les Québécois au sujet du parcage de la petite enfance, je vous livre le fabliau suivant.
Jeudi 1er avril, carnaval à l’École Bernard Cadenat (avec un t) à la Belle de Mai à Marseille City, tous les parents sont conviés à une sarabande. Leurs bambins coiffés, attifés de cartons et paillettes, qui en chat en Zorro ou en singe. Il y a beaucoup de monde, soixante enfants en folie, sevrés de tagadas et de marbrés. Cela fait beaucoup de parents qui se doivent d’être heureux et fiers ; certains sont venus avec des appareils photo, sortent leurs teléphones portables qui en font office et quatre malheureux atteints d’une fièvre à la Jean Rouch bricolent à l’aide de caméscopes pour la postérité.
Bien mal leur en a pris. C’était sans compter avec le sémillant inspecteur qui a voulu prendre la température de cet établissement. Le fameux tissage des solidarités. Il interpelle deux pères, un guinéen et un malien et leur demande de cesser la prise.
Le ton ferme se veut malin (patelin).
— C’est une atteinte à l’intégrité des enfants.
La réponse : « Mais c’est mon fils » est noyé dans la réprobation maintenant collective d’un public en majorité d’origine immigrée, faisant partie des « minorités visibles » ainsi dénommées par les Québécois, encore eux.
Seuls les Vietnamiens et les Kurdes ne mêlent pas leurs voix à la colère de circonstance.
La directrice et l’inspecteur demandent la remise des caméras et veulent assister à l’annulation de la prise de vues. Un cameraman, resté silencieux, refuse cette censure. La fête change de tempo.
— Vous faites chier avec votre parano.
— Votre fille a besoin d’être protégée comme les autres.
Le discours si bien rôdé sur le respect de l’enfant et de son droit à l’image tétanise l’assemblée qui s’interroge sur le vice parmi les makroud et les confettis.
« Bien sûr, ils sont trop petits pour comprendre. »