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Diam’s sans jeu de mots, 1

Diam’s sans jeu de mots, 1

Diam's sans jeu de mots, 1
Mis en ligne le mardi 9 mars 2010 ; mis à jour le mardi 23 février 2010.

Publié dans le numéro 01 (13-26 février 2010)

« Désormais qui m’aime me suive, les médias font ceux qu’ils veulent. Libre à vous de me jouer ou pas, je m’en fous des singles. » (I’m somebody). 18 novembre 2009, Diam’s est invitée à « Ce soir ou jamais » sur France 3. Frédéric Taddéi, le présentateur : « on s’est demandé [...] si elle déprimait, si elle était encore capable d’écrire des chansons ». Plan moyen sur Diam’s, concentrée. « Diam’s va répondre à toutes ces questions... », plan serré sur le visage de Diam’s, « ...en rappant », la musique est lancée, Diam’s commence à chanter, elle ne parlera pas, elle a décidé, pour la sortie de son dernier album (S.O.S), qu’elle ne répondrait plus à aucun journaliste. Mais parce qu’elle a accepté de venir chanter, seulement chanter, elle reçoit cette humiliation, ce commentaire sur elle, en direct, sans sourciller. C’est l’origine de ce feuilleton.

Soit donc une rappeuse (française, blanche, chypriote d’origine) qui, avec Brut de femme (2003) et surtout Dans ma bulle (2006), accède au statut de star de la variété (un million d’albums vendus – source : sa maison de disques – ; un million d’euros d’impôts – source : elle-même –). En 2008, ses apparitions médiatiques se raréfient. Survient l’épisode, étonnamment émouvant, des Victoires de la musique 2008 où elle termine ainsi : « vu que je ne connais pas l’avenir de mon prochain disque, que c’est peut-être pour moi mes dernières Victoires de la musique, laissez-moi m’offrir un kif, et écouter jouer mon équipe » avant de remercier, en larmes, longuement, le public.

La suite, on la trouve soit dans les récits des journalistes, soit dans ses dernières chansons. Les premiers n’ayant souvent que les secondes comme source, autant s’y référer directement : « Y’a plus de MTV-Award à l’hôpital pour t’aider quand tu coules ; car je l’avoue ouais c’est vrai j’ai fait un tour chez les dingues, la où le bonheur se trouve dans des cachetons ou des seringues [...] ces putains de médocs sont venus me couper les jambes, au fil du temps, sont venus me griller les neurones » (Si c’était le dernier).

Et puis, juste avant la sortie de son disque, la question religieuse. Le Monde : « À Noël 2008, Diam’s se repose à l’île Maurice. Elle en reviendra transformée. Un homme, sur place, aurait remis en question sa façon de pratiquer sa foi. Une des étincelles décisives de son changement. » Fascinant grand écart journalistique : c’est décisif, mais c’est au conditionnel... Octobre 2009 : Paris-Match publie une photo de Diam’s portant un voile, à la sortie d’une mosquée. Ce sera l’hallali médiatique, comme si la chanteuse avait trahi quelque chose (« pourquoi s’est-elle réfugiée sous cet habit de soumission ? » demande Le Nouvel Obs’).

La question du voile sera traitée ailleurs dans Le Tigre. Tout de même : Le Monde, à propos de ces photos : « Diam’s est furieuse de ce qui est, selon elle, une incursion dans sa vie privée. » Selon elle... En 2008, Ségolène Royal a gagné contre le même Paris-Match pour des photos d’elle en train de prier dans une église. Selon le jugement, « il n’est pas contradictoire de défendre publiquement la laïcité, dans un contexte exclusivement politique, et de se rendre dans une église à titre strictement privé ». Qui a dit « deux poids deux mesures » ?

Plus encore que son choix religieux, c’est son vœu de silence que ne pardonnent pas les journalistes à Diam’s. Écoutons Stéphanie Binet, de Libération  : le disque « soulève beaucoup » d’interrogations, « notamment sur sa conception personnelle et traditionnelle des rapports homme-femme. » Suivent deux citations du disque (« Si mon homme est une Kalachnikov, je suis son épaule ! », « Et si j’ai un mari qui tue, ben j’m’en fous de ta parité ») puis : « Diam’s désire-t-elle que les femmes arrêtent de travailler ? » Pardon Stéphanie Binet, mais d’une part on peut travailler tout en étant une épaule pour son Kalachnikov de mari, et d’autre part la seconde phrase peut s’entendre dans le sens inverse (pas de parité i.e. je ne souhaite pas tuer comme lui). Vient la conclusion : « La rappeuse déclare : “je ne veux plus que l’on m’observe, je veux juste que l’on accepte”. Difficile d’être acceptée quand on refuse soi-même le dialogue, qu’on veut faire admettre son point de vue sans en discuter. »

Premièrement, Diam’s ne demande pas qu’on l’accepte elle, mais qu’on accepte « que ce qui prime ce sont mes textes, pas la couleur mon survêt’ », ce qui n’a rien à voir. Deuxièmement, et c’est à suivre : je retourne la problématique et vais envoyer ce premier épisode à Stéphanie Binet en lui demandant, pardon en la sommant de me répondre : d’où tient-elle qu’un artiste, lorsqu’il rend public une œuvre, doit accepter le « dialogue », qu’il tente de faire « admettre » son point de vue, et qu’il faut donc qu’il en « discute » ? J’ai peut-être raté quelque chose, mais dans mon souvenir, l’art ce n’était pas exactement la même chose qu’une séance à l’Assemblée nationale. Notre journaliste ayant certainement le désir d’en débattre, sa réponse dans quinze jours.



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