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Stars sur papier glacé

Stars sur papier glacé

Stars sur papier glacé
Mis en ligne le lundi 3 mars 2008.

Publié dans le numéro VI (octobre-novembre 2007)

Ô intellectuels rebutés par la presse de caniveau, ô belles âmes effrayées par les V.I.P., venez effleurer un peu des émotions de vos contemporains en découvrant cette revue des hebdos people ; vivez par procuration les sentiments du Français moyen.

Presse « pipe », pipeau, people... Exit Ici Paris et France Dimanche, vraiment trop cheap du haut de leur 1,20 €. Exit Match et VSD, trop généralistes, et Point de vue, trop élitiste. On veut du lourd. Restent, par ordre d’ancienneté, Voici (no 1036 : 1036 semaines qu’on rate Voici !), Gala, Public et Closer. Toute la presse, de Détective à Télérama, fait sa une sur Jacques Martin. Toute ? Non. Un quarteron d’irréductibles hebdos résiste encore au Petit Rapporteur... Seul Gala lui rend un hommage conséquent, l’info échappant totalement à Closer, et Public se concentrant sur les filles de Cécilia (qui ont vécu toute leur vie avec Nicolas, mais passons...). Voici, « le féminin people du lundi » (c’est lui qui le dit)... Dans les pages de son no 1036, on apprend, entre autres, ça : Pete Doherty avait un chat cocaïnomane, voilà qu’il fait fumer du crack à un deuxième ; Britney Spears a oublié de remettre sa culotte après son plantage aux MTV Awards [1] ; Brooke Shields a failli défoncer sa maison en rentrant dans un pilier avec sa voiture.

Le grand marathon hebdomadaire de name dropping commence. Si vous ne suivez pas régulièrement, vous êtes largués. Devant cette comédie humaine à turn-over record, il faudrait se tailler des petits figurines, comme Balzac, et les marquer de rouge à lèvres pour repérer les destins croisés des uns et des autres. Car ça tourne ! Ça tourne sans arrêt. Sous le titre « Elles l’ont testé pour vous », Voici analyse le phénomène lubrique et ludique des toyboys : ces garçons (de 21 à 40 ans) avec lesquels nos amies les stars jonglent de façon privilégiée. Huit « CV sexuels » sont ainsi passés au crible, permettant de dégager le « tiercé des chaudasses ». Principal enseignement : Paris Hilton est battue. Comme ces agréables personnes, d’une part se ressemblent toutes, d’autre part changent de coiffure trois fois par semaine, Voici croit bon de préciser après leur prénom : « de Desperate Housewifes », ou « de Koh Lanta », l’addition de cette innocente particule contribuant à fixer les idées et à relever la noblesse de l’échantillon.

Voici se passe d’édito : seize lignes dans un petit encadré en haut de la page courrier en tiennent lieu ; le journal évite également de chercher des titres différents pour la une et pour l’intérieur. Normal : quand on est fier de sa trouvaille, on la montre et on la répète à tout bout de champ. En l’occurrence, à propos d’Ophélie Winter : « Un bébé ? C’est pour bientôt [2] ». Point commun avec Le Tigre, il y a pratiquement une rubrique différente par page (on énumère, au hasard : « Buzz », « Cover », « Topless », « Relooking »...).

Gala est, incontestablement, plus chic. Beau papier, format noble et indépendant (quatre centimètres de plus en hauteur), belles photos et belles couleurs. Les annonceurs tranchent aussi sur ceux du confrère (Dior, Guerlain, Hermès, Lancel, Pataugas contre Vichy et Nivéa). Un zeste de politique pour montrer sa hauteur de vue. La une n’affiche que des personnalités « bien de chez nous », qu’on n’hésiterait pas à présenter à nos parents : France Gall, Rachida Dati, Bernard Laporte. On parle bien des héroïnes de séries US (comme Kate Walsh), mais en les reléguant dans le sommaire intérieur. La maquette est, sinon... sobre, du moins équilibrée, avec parfois, miraculeusement, un peu de blanc. On apprend que le grand-père de Jacques Martin était le cuisinier du tsar Nicolas II et que Ségolène carbure aux pièces de Sacha Guitry. Les deux journaux ne se recoupent quasiment pas. Les pages mode, déco, voyage sont plus fouillées (mais le journal fait 106 pages, contre 80 pour Voici). Et, spécificité toute galactique, l’horoscope est mixte ! C’est-à-dire, messieurs, que vous ne risquez pas de vous trouver taxé de « migraineuse ces derniers jours, la compagnie de votre petit ami, plus excité et aux petits soins que de coutume, va vous dynamiser et vous verrez la vie autrement ».

Voici et Gala ont tous les deux une caution intello : dans le premier, le poète Yann Moix (non, pardon : l’écrivain ; non, enfin... l’auteur ; euh... la star du Tout-Paris littéraire) épilogue sur la vie de Jacques Martin. « Jamais on n’aurait imaginé Jacques Martin capable de mourir. Et pourtant, il avait de quoi partir dans l’éternité, lui qui était tombé dans l’oubli. 2007, c’est vrai, n’aura pas été son année. » Dans Gala, c’est Ariel Wizman qui délivre un billet (rituel) pour dire qu’il n’aime pas Bono. D’un hebdo à l’autre, le titre des rubriques s’adoucit : Voici nous avait habitués aux « Potins », « Rumeurs », « Hot news », « Story », « Polémique » (« Pavarotti : la guerre des veuves » !) : Gala n’est qu’« Échos » et « Chuchotement ». Non, ce n’est pas une publicité déguisée pour un film de Claude Chabrol. Voici se revendique le numéro un « sur le people », et Closer « sur le shopping ». Artifices de positionnements et de classements OJD ; pourquoi Public ne se revendique-t-il pas numéro un « sur les photos truquées », et Gala « sur les sentiments nobles » ?

Restent les deux jumeaux roses, Closer et Public bénéficiant d’un logo voisin (lettres blanches sur fond rose : mais après tout, Voici et Gala ont bien opté pour le titre blanc sur fond rouge [3]), du même prix (1,30 € pour 92 à 96 pages), et du même système de flash pour visionner sur son mobile des vidéos en lien avec l’actu people : Pour voir Claire Chazal transformant le chat cocaïnomane de Pete Doherty en pâté de sanglier, flashez le code en y frottant votre mobile ! Pourtant, contrairement à Voici et Gala (journaux Prisma tous les deux), ils appartiennent à deux groupes différents : Closer, c’est Mondadori ; Public, c’est Lagardère. Closer, c’est un peu entre Voici et Ici Paris. Les nouvelles ne sont pas tendres. « Elles ne mangent plus... au risque de mourir. » Bigard : « Mon père a été assassiné. » On est ici très marqué par la souffrance, la maladie, la mort... avec une spécificité : la place laissée, notamment en fin de journal, à des anonymes. Pour donner de l’étoffe et du corps à tout ça, la moitié des infos sont commentées par un spécialiste : psy, psychothérapeute clinicienne, thérapeute comportementaliste peuvent donner leur avis sur la « bipolarité » de Britney ou la péroxydation de Penelope Cruz. Comme à l’AFP, les papiers sont « datés », c’est-à-dire précédés de la ville et du jour où ils ont été écrits : l’étoffe du grand journalisme. L’hebdo concurrence sérieusement Voici par l’impact de ses révélations : ainsi sait-on désormais que Brad Pitt a inscrit son fils de quatre ans au lycée français de New York, et qu’Amanda Lear fait ses courses à Inno Passy. Comme tous ses confrères, Closer est fasciné par l’immobilier : on a droit à un plan de Hollywood, avec les nids des héroïnes de Grey’s Anatomy. Avant la bagatelle de 18 pages télé (sur 92). Philippe Vandel y fait part de son « rêve » : « Je rêve d’une vraie télé-réalité, où on ne bidonnerait pas et où on verrait vraiment les gens en temps réel, mais ce serait trop cruel. » Arrive notre poulain, Public. C’est la même maquette que Voici, mais avec un tantinet d’humour en plus. Toute la deuxième partie du journal prend ses distances avec ce qu’on nous a montré dans la première partie. Mauvais esprit, photomontages, photos ratées, rubriques décalées... Déjà, montrer Rachida Dati en Dior, et souriante, et avec une nouvelle coupe de cheveux, c’est soit très sympathique, soit du bidonnage. Le journal met des bulles de BD dans la bouche de V.I.P. Nous montre des couples gays. Et nous offre des titres choc du style : « Le demi-finaliste de la Star Ac’ 4 et la gagnante de Koh Lanta ». Justin Timberlake et ses soirées sushis au champagne avec Jessica Biel. Une rock-star lesbienne et anti-Bush qui termine ses concerts en culotte et en soutien-gorge (c’est Beth Ditto, une copine de Kate Moss). La rubrique « Aïe aïe aïe, SVP, jetez ces photos », qui montre les stars en fâcheuse posture ou sous leur mauvais jour. Un jeu des sept erreurs à partir de photos retouchées. « Ils sont comme nous » (où l’on voit Jesse Mettcalf vider sa poubelle et le chanteur Rafaël enfourcher un vélib’). Le journal décline ainsi jusqu’au bout son sujet, dans les moindres plis de la mode, en adoptant des angles ludiques. Stars incontestées de la semaine, réapparaissant obsessionnellement, et pas qu’en filigrane, d’une enquête à un test et d’un titre à l’autre : Kate Moss (qui jouit enfin d’un bonheur sans vagues loin des chats de Pete Doherty, en topless dans ses gilets d’hommes) et le rappeur 50cent, qui a réservé trois hélicoptères et huit 4x4 pour se déplacer entre deux concerts londoniens. À eux tous, rappelons cette devise fournie par les solutions des mots croisés de Voici : « N’assume rien avec serment, pas même la vérité. »

NOTES

[1] « L’indigne omission », s’enflamme le journal, photo à l’appui ; mais d’après Closer, ce ne serait pas la première fois.

[2] Chacun de ces journaux est complété par un puissant site internet. Comment résister au plaisir de vos faire participer au sondage de voici.fr : « Ophélie Winter. Un bébé peut-il changer sa vie ? Oui ? Non ? » ?

[3] Les amateurs de mélanges alcooliques se rappelleront la devise : « Blanc sur rouge, rien ne bouge », et en concluront, ou pas, au profond conservatisme de ces organes.

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